Shall we dance ?, 2015

Shall We Dance ? est une tentative manquée.

On croirait voir, sur ces images, les photographiés s’embrasser et danser ensemble. L’harmonie entre ces jeunesses exaltées semblerait presque réelle mais la série Shall we Dance ? est un synonyme de presque.

La musique et la danse ont le pouvoir d’unir, le temps d’un instant, deux personnes qui se haïssent. Une fois terminées, chacun reprend sa place, retourne à son rôle. Durant ces quelques minutes, les corps se frôlent, se touchent puis se séparent à nouveau. Chaque image de la série Shall We Dance ? est une superposition de photographies de fêtes à Beyrouth et Tel-Aviv. Ces photomontages n’ont pas vraiment d’acteurs, les sujets ne font pas partie de ces scènes mais d’autres. Tout est faux dans ces images et pourtant tout est vrai. Shall We Dance ? est un mirage. Elle n’est ni une tentative de paix, ni la possibilité d’un monde meilleur. Elle est, peut-être, la preuve que l’art est une échappatoire éphémère mais ne résout rien.

Pour réussir cette série, il fallait la rater, ne pas la mettre en scène, que les lignes de chaque image s’entremêlent, se chevauchent, se superposent. Que les visages n’en forment plus qu’un et in fine aucun. Ces images ne montrent réellement ni Israéliens, ni Libanais (comment pourrait-on même les reconnaître ?) mais des femmes et des hommes qui dansent et font la fête. Ils pourraient être Irakiens et Iraniens, Bosniaques et Serbes ou encore Français et Français. Mon envie initiale, avant de réaliser cette série, était de réunir les peuples, abattre les frontières et pourtant, une fois achevée, les frontières n’ont jamais été aussi visibles. À l’épreuve de la réalité, seules les interrogations persistent. Shall We Dance ?
 

 © 2020 Sabyl Ghoussoub